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Laurier d'or 2003 : Marie Deschamps

La juge Marie Deschamps (132e cours), Laurier d'or 2003, dans Les diplômés, la revue des diplômés de l'Université de Montréal, no 405, Automne 2003, chronique Profil, p. 29

Trois diplômés parmi tant d'autres (« Jacques Grand'Maison, le théologien du peuple », « Stanley, le chirurgien volant » et « Marie Deschamps: la juge au sourire assuré »).

Depuis sa fondation, l'Université de Montréal a décerné quelque 250 000 diplômes! Pour souligner le 125e anniversaire de l'établissement, la rubrique Profil donne la parole à trois diplômés issus des facultés fondatrices, soit théologie, médecine et droit.

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(p. 32-33)

Marie Deschamps : la juge au sourire assuré

Elle a refusé une réduction de peine au boxeur Dave Hilton, imposé l'isolement carcéral à Maurice Boucher et rendu des décisions sur la constitutionnalité des loteries vidéo. En raison de ces jugements médiatisés, on s'attend à rencontrer une battante austère. C'est plustôt une petite femme pimpante, au regard ardent et au sourire accueillant qui reçoit la journaliste des Diplômés à son bureau de la Cour suprême à Ottawa.

« Je n'avais pas d'objectif particulier en venant à Ottawa. J'aime le droit. Et pour moi, c'était l'occasion d'en faire », affirme Marie Deschamps, la plus jeune juge du plus haut tribunal du pays.

Née à Repentigny, Marie Deschamps fait partie d'une famille de huit enfants dont sept ont étudié à l'Université de Montréal. Après des études chez les soeurs, puis au Collège de L'Assomption, elle hésite entre la philosophie, l'histoire et le droit. La seule certitude est le choix de l'établissement universitaire. « La question ne se posait même pas, dit-elle. Papa enseignanit à l'École des hautes Études Commerciales; l'Université de Montréal figurait dans nos valeurs familiales. »

Sur les conseils de son frère Michel, aujourd'hui avocat et chargé de cours à la Faculté de droit, elle s'inscrit dans cette discipline, où l'on compte à l'époque deux à trois hommes pour une femme. Elle y apprend à jouer des coudes. « La réussite sociale lui importait peu comparativement à la possibilité de faire oeuvre utile », souligne son grand frère. En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que la petite femme au rire sonore et franc a du caractère. « Elle posait des questions qui dénotaient beaucoup de rigueur mais qui pouvaient parfois donner du fil à retordre », raconte son aîné. Il sait de quoi il parle: il lui a enseigné! Aujourd'hui, sa cadette est considérée comme l'un des meilleures juristes que le Canada ait jamais produits.

L'attachement de la juge Deschamps à son alma mater est indéfectible: elle a siégé au Conseil de l'Université et au conseil d'administration de l'Association des diplômés, où elle a occupé, de 1989 à 1991, le poste de vice-présidente de la revue. Malgré son horaire chargé, elle participa assidûment chaque année aux tribunaux-écoles de la Faculté de droit et aux séminaires sur les techniques de plaidoirie du Barreau du Québec.

« Pourquoi? Parce qu'il est important de consolider les connaissances et les compétences. Et aussi de redonner un peu de ce qu'on a reçu », déclare-t-elle.

Discrétion et énergie

À 50 ans, cette mère de deux enfants est chaleureuse mais discrète. « Vous voulez faire un portrait de Marie? Beau défi! Elle est multiple, mouvante comme l'onde, révèle l'avocate Anne Côté, dont la camaraderie avec la juge date de l'époque où elles étudiaient toutes deux le droit à l'UdeM. C'est une femme exceptionnelle dotée d'une grande joie de vivre et fidèle à ses amitiés. »

Malgré sa discrétion, ceux qui s'en donnent la peine peuvent obtenir quelques détails amusants sur l'énigmatique quinquagénaire. Cérébrale et instinctive, sage mais rebelle, elle dévore le Code pénal, fait de la planche à neige et court des marathons!

Parmi ses anciens collègues, elle est reconnue pour son intelligence, son énergie hors du commun et sa capacité de travail qualifiée, par certains, d'acharnement. « C'est un bourreau de travail », confirme Pierre Fournier, un ami de longue date. Autre caractéristique: elle n'essaie pas de changer le droit. « Elle se contente de l'appliquer. En agissant ainsi, elle rend la justice plus accessible », ajoute l'avocat. Mais au nom de la justice, cette humaniste pleine d'humour ne craint pas d'innover, parfois au risque de se dissocier de l'opinion publique.

Une étudiante brillante

Marie Deschamps ne le cache pas: elle est fière du chemin parcouru. Après sa licence, elle a été admise au barreau (1975) et a travaillé chez Martineau, Walker et à l'Aide juridique avant d'obtenir, en 1983, une maîtrise en droit de l'Université McGill. Elle exerce pendant sept ans dans plusieurs grands cabinets comme spécialiste des litiges commerciaux et administratifs. En 1990, elle est nommée à la Cour supérieure de Montréal, puis à la Cour d'appel du Québec deux ans plus tard. Elle entre ensuite avec aisance à la Cour suprême du Canada, en août 2002, pas plus impressionnée par les grands dossiers qu'elle ne l'avait été, en 1971, au cours de sa première année d'études à l'Université de Montréal.

« Elle était déjà extrêmement brillante, se souvient Jean-Denis Gagnon, qui lui a enseigné le droit administratif du travail. Elle avait l'orgueil des modestes, de ceux qui aiment le travail bien fait, toujours prête à apprendre avec humilité. »

L'enthousiasme du professeur pour sa matière et celui d'André Morel, professeur retraité de l'Université et pionnier en matière d'histoire du droit au Québec, ont été une grande source d'inspiration. « Avec le recul, je m'aperçois qu'ils ont semé les germes de la réflexion », confie la juge.

Marie Deschamps appuie son affirmation d'un hochement de tête. Elle marque une pause, le soleil inonde son vaste bureau du tribunal, ses yeux sourient, encore. De toute évidence, elle a la simplicité des gens qu'on apprécie instantanément.

Dominique Nancy

(« Les auteurs des articles publiés dans Les diplômés conservent l'entière responsabilité de leurs opinions. Toute reproduction est autorisée à condition de mentionner la source et les auteurs », p. 3)

(Note du webmestre: Dans la revue, l'article est accompagné de deux photos de Marie Deschamps: l'une dans son bureau, l'autre à l'extérieur devant l'édifice de la Cour suprême.)


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