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Biographie : Sir Wilfrid Laurier (22e)

Extraits d'un album de famille


LAURIER, Wilfrid
22e cours (1841-1919)


par René Didier, 127e cours

© Domaine public
Source: Archives nationales du Canada,
C-001971

Une enfance mouvementée (1841-1854)

À Saint-Lin, le 20 novembre 1841 (1), voit le jour Henry Charles Wilfrid LAURIER, 2e enfant (2) et unique fils (3) de Carolus et de Marcelle MARTINEAU.

Ça bouge beaucoup dans la maisonnée de Carolus LAURIER. À la naissance de Wilfrid, il y a, bien sûr, son père et sa mère, mais aussi sa grand-mère Marie-Thérèse et son grand-père Charles LAURIER, ainsi qu'une tante, Exuper, sœur de Carolus.

Janvier 1844
Wilfrid perd son grand-père, Charles. Mais il sera sitôt remplacé par une nouvelle petite sœur Malvina.

Septembre 1847
Wilfrid fait son entrée à l'école des garçons du village.

Mars 1848
Wilfrid perd sa mère, emportée par la tuberculose.

Juillet 1848
Son père se remarie à Adéline ÉTHIER. Pour Wilfrid, celle qui devient maman Adéline est une bonne personne, presque une amie. Confidente de Marcelle, c'est elle qui, pendant la courte maladie de sa mère, a pris soin de lui et de sa sœur Malvina.

Septembre 1852
Wilfrid est mis en pension, d'abord chez les MURRAY, écossais protestants, puis chez Mme KIRKE, irlandaise catholique, dans le petit village anglophone de New Glasgow. Pendant les deux années qui suivent, il fréquente l'école protestante Fort Rose School.


Les jeunes années

Septembre 1854
Le père de Wilfrid, Carolus LAURIER, a fait le nécessaire pour que son fils soit admis au Collège de l'Assomption. La réputation du Collège, bien qu'appréciée, reste à faire. Mais son accessibilité et surtout les charges et les modalités de pension permises par le plan MEILLEUR sont plus à la portée des modestes disponibilités de Carolus. Il sera pensionnaire chez Mme Guilbault.

Pendant les sept années de son cours classique, le collège de Wilfrid connaîtra de nombreuses transformations. Le dortoir temporaire, installé en 1849 pendant les travaux de reconstruction du pavillon de1844 pour y rattacher l'aile de la chapelle vient d'être démoli. Les travaux de décoration de la chapelle sont en cours. Bien qu'utilisée, elle ne sera officiellement inaugurée qu'en 1865. En 1856, attenants au pavillon de 1832, une cuisine et un logement sont construits. Pendant l'été 1860, un étage est ajouté au pavillon de 1832 et au trait d'union de 1844. De 125 élèves en 1854, la population scolaire passe à 175 élèves en 1861.

Au Collège, tous les professeurs de LAURIER seront des anciens élèves du Collège et il enseigneront selon le programme du ratio studiorum, mis au point par le directeur des études Norbert BARRET, 4e cours, et en application au Collège depuis 1852. Le cours classique développé par l'abbé BARRET fera école. Il est axé, pour l'essentiel, sur la maîtrise de la langue et sur la communication, tant au plan du fond (la littérature, la pensée critique et la philosophie) que sur la forme (écriture, rédaction, composition, poésie, dissertation et rhétorique). La dernière année de philosophie (qui deviendra aussi l'année de l'examen du bac) est une année de synthèse.

Et si Wilfrid donna libre cours à ses talents d'orateur, c'est aussi grâce à l'initiative du même directeur des études qui fonda l'Académie St-François-Xavier, cercle littéraire, ancêtre de l'Académie française. Pendant trois ans, c'est Wilfrid qui en présidera les travaux.

Juillet 1861
«Le petit monsieur», ainsi avait-on pris l'habitude de l'appeler, est de retour au village. L'année scolaire est terminée. Comme l'année dernière, lors de la fête de fin d'année, le jeune homme a pris la parole, au nom des élèves, pour remercier tous les éducateurs qui oeuvrent au Collège de l'Assomption. Élève finissant, avec un bilan académique remarquable, il passera l'été à Saint-Lin, récupérant quelque peu des difficultés respiratoires qui l'accablent et l'inquiètent au plus haut point. Et en septembre, il entamera ses études de droit à l'université McGill.

Juin 1864
Ses études de droit sont terminées, avec brio, il est reçu avocat, à 23 ans. Avec Médéric Lanctôt, il ouvre une étude de droit à Montréal. Leur association ne dure que quelques mois. Intéressé par le débat politique d'alors, il s'était inscrit au parti libéral, le «Parti rouge», adversaire idéologique des conservateurs, «les Bleus» et des ultramontains catholiques. Au sein même de ce parti, il conteste ouvertement le projet de Confédération canadienne tel que proposé par Cartier, Macdonald et les Pères de la Confédération.


Un peu d'une vie privée, simple, profonde dans ses racines et vraie

En 1866, il déménage à L'Avenir, petit village dans la vallée de la rivière Saint-François situé à peu près à mi-chemin entre Drummondville et Richemond (anciennement Richmond), et devient rédacteur en chef du journal «Le Défricheur» qui soutient le libéralisme.

En 1868, il épouse Mlle Zoé Lafontaine. Leur rencontre remonte à l'époque de ses études en droit. Wilfrid pensionnait chez le Dr Séraphin Gauthier, second mari de Phoebé Gauthier. Zoé ainsi que sa mère y habitaient aussi. Wilfrid, bien qu'impressionné par le charme et la simplicité de Zoé, ne lui dévoile pas clairement ses sentiments. À la fin de ses études, malgré quelques pressions de Zoé, il ne se sent ni prêt, ni suffisamment bien installé pour envisager le mariage. Le docteur, par contre, aura droit à certaines confidences de la part de Wilfrid. Aussi, quand Zoé, lasse d'attendre, songe à accepter la demande en mariage d'un autre prétendant, le docteur prend l'initiative d'écrire à Wilfrid, l'enjoignant de venir, dès que possible, le rencontrer à Montréal.

Dès son arrivée, il explique la situation à Wilfrid. Aussitôt, ce dernier prend rendez-vous avec Zoé. Il lui fait la grande demande, qu'elle accepte sur le champ. Le curé de la paroisse, le chanoine Édouard-Charles Fabre, futur archevêque de Montréal, mis au courant du contexte, accorde la dispense des bans et accepte de les marier le soir même, avec un autre couple d'amis. Et Wilfrid reprend le train après la cérémonie, vers Arthabaska, pour y préparer un foyer digne de leur bonheur. Zoé viendra l'y rejoindre une semaine plus tard, avec meubles, bagages et trousseau. Pour améliorer sa situation professionnelle, Wilfrid ouvrira par la suite une étude de droit avec Me Joseph Lavergne, à Arthabaska.

Wilfrid et Zoé célébreront en 1918, leur 50e anniversaire de mariage.


Une longue vie publique, riche, intense et glorieuse

Il s'intéresse à la politique locale, aux niveaux scolaire et municipal. Il a occupé un poste de syndic scolaire et fut maire d'Arthabaska.

À l'élection provinciale de 1871, il est élu député libéral dans le comté de Drummond-Arthabaska, poste dont il démissionne en 1874, pour pouvoir se présenter à l'élection fédérale de la même année et dans le même comté.

Élu député libéral fédéral du comté, il est nommé ministre du Revenu de l'intérieur.

Défait à l'élection fédérale de 1877, on lui offre le comté de Québec-Est, laissé vacant grâce à la démission d'Isidore Thibaudeau qui sera par la suite nommé sénateur. Il représentera ce comté jusqu'à sa mort en 1919.

Député à 30 ans, il sera membre du parlement canadien pendant 45 ans.

Il sera chef du parti libéral de 1887 à 1919, soit 35 ans, et premier ministre du Canada, de 1896 à 1911, soit 15 ans.


Wilfrid, l'ancien élève et son collège (1861-1919)

Lors de l'inauguration de la salle académique (50e anniversaire de fondation du Collège) en 1884, LAURIER était du nombre des quelque 800 convives.

Lors de la cérémonie d'inauguration de l'aile de 1892 (60e anniversaire de fondation du Collège), Wilfrid LAURIER, futur premier ministre, et Louis-Amable JETTÉ, futur Lieutenant-gouverneur, initièrent une collecte spontanée dans l'assistance qui rapporta 40 000 $ en quelques semaines.

Suite à son élection triomphale de 1896 mais après celle de 1900, le Collège prend la décision de rendre hommage à son ancien élève. Les célébrations dureront trois jours, soit les 11, 12 et 13 juin 1901. Pour la circonstance, le couple LAURIER aménagera dans les appartements du supérieur de l'époque, le chanoine Gédéon-Vitalien VILLENEUVE (25e cours).

À plusieurs reprises, entre 1861 et 1919, les membres du 22e cours se réuniront, entre autres, au presbytère de la Pointe-aux-Trembles, à Arthabaska, à Saint-Sulpice et à L'Assomption.

Et la légende veut que Wilfrid, vers la fin de sa vie, ait fait une ou deux visites incognito à son vieux collège, pour retrouver, dans ses murs, une chaleur, une joie de vivre, un réconfort et une paix intérieure.


Wilfrid LAURIER, l'homme à travers l'oeuvre

Wilfrid LAURIER fut salué dans le monde entier comme l'un des hommes les plus considérables et les mieux considérés de son temps. Parmi les qualités que tous lui reconnaissent, Wilfrid LAURIER était:

  • de belle apparence, élégant, toujours bien mis et d'un charme hors du commun;
  • intègre, franc, honnête et gentilhomme dans la meilleure acceptation du terme;
  • bon, généreux et charitable, tolérant, magnanime et sans rancune.

Grand orateur, il maniait une voix douce, sonore et harmonieuse avec intelligence, avec cœur et avec imagination. Son langage est correct, élégant et gracieux, comme ses manières; ses pensées et ses sentiments sont nobles et élevés comme sa tête et son regard. Cette éloquence lui a valu le surnom de «silver tongue».

Idéaliste, il a été opportuniste, un meneur habile, un chef de parti sensible aux divergences d'opinion et ouvert au compromis.


Notes de l'auteur:

(1) Le Parlement du Canada a décrété que le 20 novembre, date de naissance de Wilfrid LAURIER, serait la Journée nationale «Sir Wilfrid LAURIER».

(2) En 1836, le couple LAURIER avait donné naissance à une première fille, Marie-Honorine, qui décédera en 1839. En 1844, naîtra un troisième enfant, une fille nommée Malvina.

(3) Deux autres garçons, Charlemagne et Henri, demi-frères de Wilfrid, naîtront du deuxième mariage de Carolus avec Adéline ÉTHIER

(4) Le Collège de l'Assomption a profité de cette première journée nationale pour inaugurer un monument en l'honneur de son ancien élève.

(5) En 2004, ce sera le 150e anniversaire du début des études de LAURIER (22e cours) au Collège de l'Assomption (1854-1861)

(6) Dans toute la toponymie québécoise, le nom de LAURIER est un des plus utilisés.


Sources bibliographiques:

AUCLAIR, l'abbé Élie-J., L'encyclopédie de l'histoire du Québec, Collège Marianopolis. Août 2003

Site Web: Bibliothèque nationale du Canada et Archives nationales du Canada, Premier parmi ses pairs, Le Très Honorable Sir Wilfrid Laurier

BÉLANGER Réal, Wilfrid LAURIER, Quand la politique devient passion, Les Presses de l'Université Laval. 1986, 484 pages.

FORGET, Anastase, Histoire du Collège de l'Assomption, 1833-un siècle-1933, 2e tirage, Imprimerie populaire limitée. 1933, 819 pages.

LAPIERRE, L. Laurier, (traduit de l'anglais par Jacques Vaillancourt), Sir Wilfrid LAURIER, Portrait intime, Les Éditions de l'Homme. 1997, 400 pages.


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