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Laurier d'or 1997 : Henri Mercier (85e)


C'est bien connu, les âmes modestes sont les plus reconnaissantes. Pour Henri Mercier, né en 1904 dans une famille de cultivateurs à Saint-Martin (Laval), la «chance» d'avoir fait un cours classique, à l'Assomption par surcroît, lui aura permis d'accomplir une carrière professionnelle remarquable. Le Collège de l'Assomption demeure, pour le doyen des architectes praticiens du Canada, sans doute un des lieux les plus mémorables de sa vie. À voir avec quelle émotion il a reçu la nouvelle de sa nomination au Laurier d'or de la part de son confrère architecte et président de l'Association des anciens du Collège, René Didier, il n'est pas possible d'en douter. Autant sa famille que ses proches amis peuvent aussi témoigner de son attachement inconditionnel à son alma mater qui a nourri, tout au long de sa vie, ses plus vifs souvenirs.

Cette vie, il la commence à l'ombre du clocher de l'église du village de Saint-Martin dans une petite maison qu'occupent Albert Mercier et Bernadette Brien (s'il n'y a pas d'autres Mercier de la descendance qui fréquentent le Collège, en revanche il y eut, jusqu'au centenaire du Collège, pas moins de vingt-six Brien qui y firent leurs études). Henri Mercier naquit de cette union qui lui apporta, en outre, trois soeurs (Thérèse, Simone et Annette) et un frère (Bernard). Sa mère qui portait fièrement le titre de «fille du notaire de la paroisse» et qui était musicienne, lui aura transmis ses premiers gênes artistiques avant même qu'il n'entreprenne ses études primaires à l'Académie Piché de Lachine. Si son père attendit d'atteindre la «syntaxe» pour le faire, Henri Mercier, lui, se sauva de l'école dès sa première journée! Mais ses premières années d'apprentissage révélèrent ses aptitudes pour le dessin, ce qui transformera son destin.

Et, cela nous reporte bien à l'esprit du temps, ce sera un «premier prix» au diplôme de catéchisme qui attira d'abord l'attention du vicaire de la paroisse qui vit en lui une intéressante recrue (pour les rangs ecclésiastiques sans doute). Dès lors, il fut confié au soin de l'abbé Charles Pilon qui lui remit la redingote, le ceinturon et le képi qu'il porta durant les huit années de son pensionnat, de 1917 à 1925, au Collège de l'Assomption. Là, avec l'abbé Ernest Turcot, il fera partie de l'Académie Saint-Patrick, du corps de clairon et deviendra «grimeur» (traduisez maquilleur) à la salle académique. Au Collège, ses succès furent remarquables. Ainsi, il a soutenu la réputation du Collège dans sa connaissance du français tout au long de sa vie, servant encore aujourd'hui de grammaire et de dictionnaire à ceux qui l'entourent (il eut à l'époque un prix de bon parler français qui ne manqua pas de l'étonner lui-même). Il fut aussi, honneur convoité à l'époque, servant de messe pour l'ancien supérieur, monsieur l'abbé Victor Pauzé. Il servait aussi à tous les offices religieux de la paroisse. Son seul échec fut de ne jamais avoir pu apprendre le «de profundis», ce qui démontre que personne n'est parfait!

L'honneur dont il s'enorgueillit le p lus, malgré qu'il soit vite tombé dans l'oubli et dont il parle avec fierté, aura été de s'être mérité, en 1925, au terme de son cours, le titre de bachelier ès arts avec la mention «magna cum laude». Il terminait premier non seulement aux examens finaux du Collège mais de tous les collèges de la province. Ce titre, fort convoité, non seulement lui aura-t-il ouvert toutes grandes les portes de l'université, mais a rejailli sur le Collège de l'Assomption qui jouissait déjà d'une très grande réputation.

Il entre à l'école des Beaux-Arts cette même année en septembre pour y entreprendre ses études en Architecture. Il faut dire que la particularité de cette institution dans les années vingt était la cohabitation entre architectes et artistes qui partageaient les mêmes locaux. Henri Mercier côtoiera, à l'époque, des artistes aussi célèbres que Jean-Paul Lemieux et Paul-Émile Borduas, auteurs du fameux manifeste «Refus global». Cette époque, qu'il qualifie pour des raisons bien personnelles de la période de la « vie en rase», lui permettra de se révéler le «leader» qu'il deviendra plus tard dans sa profession. Non seulement est-il l'organisateur des fameux bals de l'école des Beaux-Arts mais il est élu président de l'association des étudiants, titre connu alors sous le nom de massier général.

À la réception de son diplôme en 1930, la crise économique frappe la société de plein front. Malgré la pénurie de ressources et le peu de travail, il demeure, dans l'adversité, le philosophe et l'humaniste qui le caractériseront tout au long de sa carrière. Cet architecte, qui a célébré ses soixante ans de pratique en 1990 et qui considère que l'âge n'est pas un mérite mais un don, fonde, faute de commande, un club d'esquisses qui lui permettra de faire des projets fictifs pour entretenir la «flamme».

À la reprise des activités économiques, vers 1937, il s'inscrit à l'Association des Architectes de la province de Québec et épouse, dans la même année, Renée Boyer qui lui donnera deux fils, Pierre en 1941 et Jean en 1947. Employé par la ville de Montréal, à l'époque, il est élu pour une première fois membre du conseil de l'Association des Architectes du Québec. Il y rencontre Gaston Gagnier et Gérard Derome, quitte son emploi à la ville et fonde sa première agence en 1944 qu'il établit rue Crescent, au coeur du centre-ville. Cette courte union qui ne durera que huit années révélera ses talents de concepteur. Convoité par une autre agence, il fonde une seconde société en 1952 avec ceux qui deviendront ses compagnons de route pour les vingt-cinq prochaines années. Le bureau de Crevier, Bélanger, Lemieux et Mercier, un des plus importants de Montréal, jouira d'une réputation peu commune jusque dans les années soixante-dix.

En 1953, après à peine dix ans de pratique, il reçoit le titre de «fellow» de l'institut Royal d'Architecture du Canada et l'année suivante, en 1954, devient professeur de pratique professionnelle à l'école des Beaux-Arts de Montréal.

À l'aube de ses cinquante ans, cet infatigable travailleur et intellectuel ne pourra pas se vanter de ses exploits sportifs. Malgré le fait qu'il ait passé sa jeunesse sur les rives du lac Saint-Louis à Lachine, il n'aura jamais appris à nager Et, parce qu'à la petite école, une année en particulier, il sera arrive deuxième plutôt que premier de sa classe, il n'aura jamais reçu la bicyclette promise et n'aura jamais appris à pédaler sur deux roues. Qu'à cela ne tienne, il deviendra, selon son dire, un des plus grands spectateurs du Québec avec en plus un sens critique indéfectible.

Les années cinquante lancèrent définitivement sa carrière. En 1956, il est élu président de l'Association des Architectes du Québec et sa pratique est florissante (il se permet même à cinquante-quatre ans, d'entreprendre le golf: succès mitigé!). En 1957, au départ de son associé Yves Bélanger, il lance sa troisième agence connue sous le nom de Crevier, Lemieux, Mercier, Coron, architectes. Parmi les projets réalisés avec ses nouveaux associés, citons entre autres la nouvelle aile de l'hôpital Notre-Dame de Montréal, la cathédrale Marie-Reine du Monde (avec le cardinal Paul-Émile Léger), le Sanatorium Albert-Prévost et l'aile du 125e anniversaire du Collège de l'Assomption (réalisée sous le règne des bienveillants et dévoués Mgr Henri Langlois, supérieur, et de l'abbé Louis-Marie Lanthier, procureur). Pour réaliser ses projets dans le domaine hospitalier, il effectuera plusieurs voyages d'études aux États-Unis et en Europe et deviendra membre de l'American Hospital Association. Pendant ces années fastes, il concevra des dizaines de résidences, écoles et banques (la défunte Banque Provinciale) sans compter de nombreux édifices commerciaux, clubs sociaux et sportifs (le club de golf de Laval-sur-le-Lac entre autres) et quelques hôpitaux encore.

En 1960, il est élu une seconde fois président de l'Association des Architectes du Québec et reçoit de la part des administrateurs de l'association une oeuvre d'art en signe d'appréciation. Cette même année, il reçoit la médaille du mérite de l'Ordre des architectes du Québec (OAQ) mais perd sa première épouse Renée qui décède le 5 février des suites d'une longue maladie.

En 1962, il est élu président de l'Association des anciens du Collège de l'Assomption et en 1963, doyen des Fellows de l'institut Royal d'Architecture du Canada. Trop occupé à ses affaires, il refuse cette année-là la présidence de l'IRAC qui lui est offerte. Tous ces titres et engagements révèlent, pour ceux qui le connaissent intimement, un trait de sa personnalité pour le moins paradoxal: comment cet homme, humaniste et artiste à la fois, a-t-il pu se lancer dans la mêlée, pour ainsi dire, des engagements para-professionnels? La réponse à cette question tient sans doute à sa grande générosité et à la grande satisfaction qu'il a toujours ressenties à servir sa profession.

En 1964, il épouse en secondes noces Estelle Boissy, son actuelle compagne depuis trente ans et hérite de trois filles par le fait même. Il s'établit à Saint-Lambert dans une résidence qu'il conçoit pour les besoins de la nouvelle famille. La seule ombre au tableau de cette deuxième union réside sans doute dans le fait qu'il ne réussira pas une seule fois, un dur coup pour son «ego» de mâle, à battre son épouse ou golf en trente années de tentatives! (Il accroche ses bâtons en 1990). Pour le relever de ses humiliants échecs, ses fils lui remettront en 1985 un trophée pour avoir réussi l'unique «birdie» de sa carrière (sur un trou difficile précise-t-il!)

À la dissolution de l'agence Crevier, Lemieux, Mercier, Caron en 1975 (Jean Crevier et Lucien Lemieux étant décédés), il fonde avec son fils Pierre, lui aussi architecte, l'actuelle société où il oeuvre encore aujourd'hui. Une union père-fils féconde qui lui permettra de remporter ses premiers succès comme concepteur (la reconnaissance en matière de créativité étant inexistante avant les années 80). Ensemble, ils méritent le réputé prix d'excellence de l'Ordre des architectes du Québec, deux mentions en 1985 et 1988, une distinction (2e prix) en 1980 pour l'école Joseph-Charbonneau pour handicapés physiques, un premier prix pour le concours d'habitation de l'OAQ en 1984 et un prix d'excellence en 1993 pour les habitations Saint-Hubert. Ils gagneront aussi de nombreux concours dont celui du pavillon canadien pour le Congrès international sur l'Énergie en 1990 et le concours de la bibliothèque d'Outremont en 1995.

Toujours actif en 1997, il est le concepteur d e la partie architecturale du nouveau chalet des golfeurs du Club de golf Islesmère à Laval et collabore étroitement à la réalisation d'un concept unique d'habitations dans les Laurentides.

Parmi d'autres événements qui ont marqué sa longue carrière professionnelle, nous pouvons noter quelques expositions de ses oeuvres. La première, qui témoigne de ses penchants artistiques, fut une exposition solo aquarelles à la galerie 1463 en 1980 et la seconde, l'exposition d'une de ses oeuvres à l'exposition sur l'architecture Québec au Musée de la civilisation à Québec en 1991. Il exposa également ses oeuvres au siège de la Société culturelle de Saint-Lambert.

Assidu très longtemps aux réunions annuelles des anciens et aussi aux tournois de golf de l'Association, le trophée du champion porte le nom de Henri Mercier

Le Collège de l'Assomption peut donc s'enorgueillir de cet ancien qui lui a fait honneur tout au long de sa carrière. Et l'Association des anciens et des anciennes, en lui remettant le Laurier d'or 1997, ne pourra jamais trouver plus fier ambassadeur

Pierre Boyer-Mercier

(Note de l'Association: Monsieur Henri Mercier est décédé le 17 mars 1998)


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